Difficile de ne plus manger de fromage ?

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Difficile de ne plus manger de fromage ?

Messagepar xEdgexJihadx » Ven Nov 12, 2010 13:19:42

Difficile de ne plus manger de fromage ?

Le chemin qui mène au végétalisme peut parfois être houleux. Certains transigent facilement d'un régime omnivore à une alimentation essentiellement basée sur les végétaux. D'autres traînent longtemps des habitudes alimentaires ancrées depuis leur jeunesse, effrayés par un deuil de goût, pourtant nécessaire au changement. « Les gens cessent une habitude quand la liste des souffrances est plus grande que celle des plaisirs, observe Anne-Marie Roy, diététiste-nutritionniste et co-auteure du livre Végétariens...mais pas légumes! Il faut penser plus loin que notre langue et prendre conscience des conséquences de nos gestes.»

Le fromage est probablement le produit animal le plus difficile à arrêter, puisque les végétaux imitent rarement parfaitement le goût des nombreuses variétés et leur texture. Pourtant, de plus en plus, les compagnies s'efforcent de reproduire les fromages en version végétarienne ou végétalienne. Mais quel nom doit-on leur attribuer? « Fauxmage n'est pas, selon moi, un bon nom pour un aliment bien meilleur que le fromage. Fauxmage, en fait, faux et mage, veut dire textuellement que ce mage n'est pas vrai. Et qui voudrait d'un mage qui lui ment? Dans les faits, celui qui ment, c'est celui qui vante les supposés mérites du fromage de lait animal. Il faut donc trouver un autre nom, un vrai nom, peut-être justement le vraimage?», croit Edith Chabot, végétalienne depuis environ trois ans. Parlons donc des alternatives végétaliennes aux fromages ou des vraimages!

«Pourquoi tu ne manges pas de fromage? Il ne la tue même pas la vache...»

Qui d'entre vous n'a pas entendu ce commentaire, et tant d'autres? Pourtant, quiconque s'oppose à l'élevage et à l'abattage des veaux, séparés de leur mère dès la naissance, se contredit lorsqu'il mange du fromage. En effet, l'un ne va pas sans l'autre puisque la vache doit être en gestation pour donner du lait. De plus, il est erroné de dire qu'on ne la tue pas puisqu'elle aussi termine ses jours à l'abattoir et ce, avant l'âge de six ans. Anne-Marie qualifie de pires les souffrances de la vache « laitière » ou encore de la poule « pondeuse », parce que l'homme perdure son calvaire et prolonge ses conditions de vie atroces pour dérober à l'animal exploité un produit qui ne lui est même pas destiné.

Et la santé humaine?

Ne pas consommer de lait se révèle certes avantageux pour la santé humaine. Peut-être parce que justement ce produit ne nous est pas destiné… Après tout, le système digestif d’un bovin se différencie considérablement du nôtre, notamment parce que son estomac se divise en quatre poches. En outre, PETA (People for the Ethical Treatment of Animals) affirme que le poids d’un veau double au cours de ses premiers 47 jours, contrairement à 180 pour l’humain. Jeff Novick, diététiste-nutritionniste et conférencier (www.jeffnovick.com), prétend qu’en réalité, 34 % des calories totales du lait 2 % et 23 % du lait 1 % sont des calories grasses. Il démontre comment l’industrie obtient d’aussi faibles pourcentages : en basant leurs chiffres sur le pourcentage du poids et non sur celui des calories. Par conséquent, les pourcentages s’abaissent considérablement, au bénéfice de l’industrie.

En mai 2001, l’émission Découverte fait un reportage à propos du lait. L’équipe se réfère entre autre à deux études conduites par l’Université Harvard. La première se base sur le suivi de 77 000 infirmières pendant 12 ans. Les conclusions détruisent un mythe répandu à propos du lait et du calcium : la consommation de lait ne réduit pas les risques de fractures. Walter Willett, l’initiateur du projet, considère que l’alimentation d’une grande majorité contient suffisamment de calcium pour répondre aux besoins du corps. « Consommer un surplus de calcium tout au long de la vie ne fait donc aucune différence pour la simple raison que l'on ne peut emmagasiner ce surplus dans nos os. On atteint notre masse osseuse optimale à 20 ans et tout ce que l'on peut faire c'est de la maintenir jusqu'à la ménopause », précise-t-il. Pendant dix ans, les chercheurs de la deuxième étude ont suivi 21 000 médecins. Les résultats? «Ceux qui consommaient deux portions et demi par jour (de produits laitiers) avaient un risque de 34 % plus élevé (de développer un cancer de la prostate) que ceux qui consommaient moins d'une demi portion par jour. L'hypothèse est que l'augmentation du calcium ferait diminuer le niveau de la forme active de la vitamine D dans le corps. Et c'est cette vitamine D active qui empêche le développement des cellules cancéreuses de la prostate. »

Le reportage de Découverte mentionne également l’intolérance aux produits laitiers, une condition qui caractérise les trois quarts de l’humanité. Une grande majorité de Noirs, d’Asiatiques, d’Amérindiens et des Hispaniques ainsi que 15 % des Blancs ne possèdent pas l'enzyme nécessaire à la digestion du lactose. « L'industrie laitière prétend que l'on peut vaincre cette intolérance en s'acharnant à boire du lait. » Walter Willett reste sceptique. Il ne croit pas qu’augmenter la consommation de lait favorise une meilleure tolérance. Un acharnement qu’il juge inutile puisque selon lui, le lait de vache n’est pas bénéfique pour la santé humaine! En plus de contribuer aux risques d’obésité, le fléau nord-américain actuel, par des calories et des gras saturés, le lait aggrave la condition des gens à risque pour les maladies cardiaques. Pour Anne-Marie Roy, le fromage contient plus de gras et de gras saturés que le bœuf. En plus d’être nuisible pour la santé, il ne contient aucun élément anti-cancer. Le calcium est bien présent, mais moult d’autres aliments en contiennent également : épinard, brocoli, noix, graines de sésame, …

Mais les fromages laitiers sont-ils vraiment végétariens?

Les variétés à pâte dure ou semi-dure, et même certaines à pâte molle, ne le sont peut-être pas! En fait, la coagulation - par acidification ou combinée - de ces fromages, s’effectue généralement à l’aide de la présure, une enzyme d’origine animale ou de synthèse. Cette présure permet de coaguler les caséines - les protéines coagulables du lait - et donc de cailler le lait, à partir duquel on fabrique les fromages. Or, la présure d’origine animale est prélevée à partir de l’estomac de jeunes veaux abattus. D’ailleurs, le quatrième compartiment de l’estomac d’un ruminant se nomme la caillette, faites-vous le lien?

Le fromage, une drogue dure?

Si l’on en croit les dires de nombreux végétaliens, transiger d’un régime omnivore au végétarisme est souvent plus facile que d’adopter le végétalisme et ce, à cause du fromage. Mais pourquoi cette cassure est-elle si difficile?

Il y a d’abord une vérité physiologique à la dépendance au fromage, soulève Brigit Marlin, fondatrice de Viva Granola. À l’instar du groupe "Vegetarians in Paradise", elle se rapporte aux écrits du médecin Neal Barnard, président fondateur du "Physicians Committee for Responsible Medicine" et auteur de plusieurs livres dont "Breaking the Food Seduction. Le docteur Barnard explique que les chaînes moléculaires de [la protéine] caséine sont divisées par les bactéries et les acides de l’estomac lors de la digestion. Cette action génère des opiacées - substance contenant de l’opium ou exerçant une action comparable à celle-ci - de différentes longueurs nommées casomorphines. L’une d’elles, une chaîne formée de cinq acides aminées, possède environ un dixième du pouvoir analgésique de la morphine. La caséine est concentrée dans la production de fromage. Ainsi, une tranche d’une once contient environ cinq grammes de caséine. Pour Brigit, « la casomorphine est chimiquement similaire à la morphine. Son rôle vise à rendre le nourrisson dépendant du lait afin qu’il retourne à la tétée. Pour mon père et moi, arrêter de fumer a été beaucoup plus facile qu’éliminer le fromage de notre alimentation! »

Parcours sans fromage des végétalien(ne)s

Pour d’autres, c’est une simple question de goût. À leurs débuts, plusieurs végétariens intègrent davantage le fromage à leur menu. Même Stéphane Groleau, né sur une ferme laitière et n’ayant jamais raffolé de ces produits, s’est fait prendre au jeu. De plus, Anne-Marie Roy remarque à quel point les fromages artisans du Québec sont valorisés et louangés par l’industrie et les médias. Tony Fortin, sculpteur sur bois et ébéniste, s’ouvre justement à ces produits du terroir lorsqu’il devient végétarien il y a six ans. Il a toujours aimé les fromages, mais lorsqu’il opte pour le végétalisme trois ans plus tard, il est dans une période où il les découvre et les apprécie spécialement. Mais les vraimages ne l’attirent pas : « J’aime bien savoir ce que je mange. Quand je ne comprends pas les ingrédients simplement parce que je n’ai pas de bac en chimie, je trippe moins!, s’exclame-t-il. Je trouve que ce sont les Sheeses qui imitent le mieux la texture et le goût. Ce que j’apprécie surtout, c’est qu’ils n’ont pas l’arrière goût de tofu ou de riz typique de tant d’autres marques.» Dominique Routhier, militante active pour les animaux et fondatrice de la Société pour la Protection des Animaux Canada, partage l’aversion de Tony pour certains produits végétaliens style fromagé. Pour elle, le fromage a été l’aliment le plus dur à enrayer. Quoi qu’elle soit végétalienne, elle considère que les faux fromages « on tout à envier aux vrais...mais je dois dire que graduellement, on voit des nouveaux produits sur le marché et l'effort en vaut la chandelle », se réjouit-elle.

D’un autre côté, la vie sociale est quelque peu perturbée par ces nouveaux choix. « J’avais tranquillement réduit, mais ma difficulté personnelle, c’était plus pour le trouble que ça me donnait sur le plan social », confirme Anne-Marie. Alors que Tony éprouve plutôt des difficultés dans les restaurants, c’est sa propre personnalité qui complique la tâche de Brigit : «J’accepte mal que quelqu’un soit choqué contre moi. Mais, au fil de mon évolution, j’ai appris à moins me soucier de ce que les gens pensent ». En revanche, le social facilite parfois la transition. C’est le cas de Dominique Routhier. Elle scelle un pacte avec sa colocataire : celui d’être vegan pour une année! Le marché porte fruit, mais Dominique rechute après les douze mois. Toutefois, elle redevient végétalienne suite à la rencontre de son amoureux Gabriel Villeneuve, il y a deux ans.

Et les vaches?

D’une manière plus drastique et souffrante, la santé contraint parfois les gens à arrêter le fromage. C’est le cas de Brigit Marlin et d’Édith Chabot. Contrairement à ses papilles gustatives, le système digestif de cette dernière n’aimait guère les fromages. De toute manière, se dit-elle, le fromage peut-il engendrer autre chose que du mal, puisque « son boulot se résume à porter des particules de graisses animales en différents endroits stratégiques pour me détruire à petit feu. Et là, je ne parle que du mal qu'il me faisait à moi sans compter toute cette souffrance infligée à tant d'êtres vivants pour le fabriquer, le fauxmage. »

N’oublions toutefois pas ceux pour qui cesser le fromage, c’est une affaire de rien! Jérôme C. Pageau, 10 ans, est végétarien depuis quelques années. Horrifié lorsqu’il découvre que le fromage est fabriqué avec des enzymes digestives de veau, il adopte immédiatement le végétalisme. D’autres, comme lui, se rappelle la raison exacte, le moment précis où ils prennent la décision. La visite d’une ferme laitière par exemple. Ou encore un discours frappant, comme c’est le cas d’Anne-Marie Roy. « J’ai adopté le végétalisme en l’an 2000, après avoir assistée à une conférence au congrès mondial du végétarisme à Toronto. »

Dans le cas de Marjolaine Jolicoeur, c’est à sa vache Lalita qu’elle doit son végétalisme. Lorsqu’elle emménage à Sainte-Rita, il y a 25 ans, elle accueille Lalita sauvée de l’abattoir sur ses terres. Elle et son mari commencent alors à fabriquer fromages, crème fouettée et autres produits dérivés du lait de leur vache. Non seulement toute cette consommation de fromage a un effet désastreux sur son foie mais Marjolaine assiste au désespoir et à la souffrance de Lalita lorsqu’elle donne son veau de six mois à un ami : « Lalita a eu tellement de peine qu’elle a beuglé une partie de la journée. Mon mari Jean-Louis a même vu des larmes couler de ses yeux. On a décidé que c'était fini les veaux et le lait. » Marjolaine (végétarienne depuis les années 70) adopte alors le végétalisme, il y une quinzaine d’années. Toujours vivante Lalita est maintenant âgée de 22 ans.

Alternatives végétaliennes

Mais, quelles alternatives avons-nous? Comment faciliter la transition? Stéphane Groleau soulève un point important : «Ces dernières années, on a vu apparaître divers fauxmages, certains ayant un goût, une odeur et une apparence terriblement semblables aux fromages laitiers. Pour ma part, n'ayant jamais vraiment apprécié ces produits, je ne vois pas pourquoi je commencerais à m'y intéresser. Je préfère ne pas développer cette attirance pour des produits directement, ou indirectement, liés à l'exploitation animale. Je favorise la création de produits réellement végétaliens, d’alternatives santé et moins transformées, plutôt que de plagier ce que l'on tente de dénoncer.» Anne-Marie Roy a remarqué certains ingrédients suspects chez quelques produits alternatifs. Quoi qu’elle trouve que la gomme de guar et la carraghénine, par exemple, ne soient pas des substances idéales sur le plan nutritif, elle les préfère au fromage. Pour elle, les vraimages deviennent des aliments de transition qui disparaissent éventuellement du menu. À l’instar de Stéphane, elle privilégie des aliments non transformés. « Plus j’avance, plus ma nourriture se simplifie», observe-t-elle.

Laissons le mot de la fin à Édith Chabot «Manger du fauxmage quand on sait, cela devient impossible à moins de se tenir les yeux fermés « ben dur », les yeux du cœur aussi. Je suis devenue végétalienne il y a environ trois ans et ça n'a pas été difficile finalement. Quand dans ma conscience une porte s'ouvre, mon corps montre son ouverture d'esprit lui aussi. Alors, du coup, je n'étais plus capable de le digérer le fauxmage... normal, je n'ai jamais digéré les menteurs! »


Source : journal AHISMA
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